Dialogue inter-congolais · 2002–2006

Les
Bâtisseurs
de la Constitution

Qui a négocié, rédigé et adopté la Constitution congolaise de 2006 ? Qui l'a révisée en 2011, et dans quel contexte ? Le portrait des acteurs qui ont façonné la loi fondamentale de la RDC.

Sun City, Afrique du Sud
Pretoria, Afrique du Sud
Kinshasa, RDC
36
Délégations au dialogue
84,3%
Oui au référendum (déc. 2005)
8
Articles révisés en 2011
Pourquoi une nouvelle constitution ?

Une constitution née des cendres de la guerre

La Constitution de 2006 n'a pas été rédigée dans un parlement ordinaire. Elle est le produit direct de l'Accord global et inclusif (AGI) signé à Pretoria le 17 décembre 2002, qui a mis fin à la deuxième guerre du Congo (1998-2003), le conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale avec 5 à 6 millions de morts.

Trente-six délégations incluant le gouvernement Kabila, les principaux mouvements rebelles (MLC, RCD-Goma, RCD-N, RCD-KML, Maï-Maï), l'opposition politique non armée et la société civile ont négocié pendant des mois à Sun City, en Afrique du Sud, sous la médiation de Pretoria.

"Animés par notre volonté commune de bâtir, au cœur de l'Afrique, un État de droit et une Nation puissante et prospère..."
— Préambule de la Constitution, adopté par référendum le 18-19 décembre 2005
2e Guerre
Conflit du Congo (1998-2003)
5-6 millions de morts. Conflit le plus meurtrier depuis 1945.
17 Déc. 2002
Accord global et inclusif (AGI)
Pretoria, Afrique du Sud. Fin officielle de la guerre. Cadre de la nouvelle constitution.
84,31%
Référendum constitutionnel
18-19 décembre 2005. Taux de participation : 61,97%. Entrée en vigueur le 18 fév. 2006.
36
Délégations au dialogue
36 composantes et entités : gouvernement, mouvements rebelles, opposition non armée, société civile.
Chronologie du processus constitutionnel

De la guerre à la Loi fondamentale

1999
Lusaka
Cessez-le-feu Lusaka, Zambie

Accord de Lusaka

Premier cessez-le-feu signé à Lusaka le 10 juillet 1999. Sept parties au conflit s'engagent à arrêter les combats et à organiser un dialogue inter-congolais. Restera largement théorique pendant deux ans.

Joseph Kabila (père → fils) Jean-Pierre Bemba Azarias Ruberwa
2002
Sun City
Dialogue historique Sun City, Afrique du Sud · Feb-Avr 2002

Dialogue inter-congolais · Sun City

Quelque 400 délégués de 36 composantes se réunissent à Sun City pendant sept semaines. Ketumile Masire (facilitateur OAU) et Thabo Mbeki facilitent les négociations. Premier accord partiel signé le 19 avril 2002, sans unanimité.

Joseph Kabila · Gouvernement Jean-Pierre Bemba · MLC Azarias Ruberwa · RCD-Goma Thabo Mbeki · Médiateur SA
Déc 2002
Pretoria
Accord décisif Pretoria, Afrique du Sud · 17 décembre 2002

Accord Global et Inclusif (AGI)

Accord final et décisif signé à Pretoria le 17 décembre 2002. Il crée le gouvernement de transition 1+4 (un président + 4 vice-présidents représentant les principales factions), le Parlement de transition et mandate la rédaction d'une nouvelle constitution.

Joseph Kabila · Président Jean-Pierre Bemba · VP MLC Azarias Ruberwa · VP RCD-G Arthur Zahidi Ngoma · VP Soc. civile Z'Ahidi Ngoma · VP Opposition
2004–05
Kinshasa
Rédaction Palais du Peuple, Kinshasa · 2004-2005

Commission constitutionnelle · Parlement de transition

La Commission des lois constitutionnelles et organiques du Parlement de transition rédige le projet de constitution. Des professeurs de l'UNIKIN (Université de Kinshasa), notamment Auguste Mampuya, André Mbata et Clément Kabulo, jouent un rôle clé dans l'élaboration technique du texte.

Prof. Mampuya · Expert UNIKIN Prof. André Mbata · Expert UNIKIN Christophe Lutundula · Rapporteur Conseillers PNUD-ONU
Déc 2005
Toute la RDC
Adoption populaire 18-19 décembre 2005 · Toute la RDC

Référendum constitutionnel

La constitution est soumise au vote populaire les 18 et 19 décembre 2005. Résultat : 84,31% de OUI pour une participation de 61,97%. C'est la première fois dans l'histoire du pays qu'une constitution est directement approuvée par référendum.

OUI : 84,31% NON : 15,69%
Participation : 61,97% 18,7 millions de votants
Jan 2011
Kinshasa
Révision controversée Palais du Peuple, Kinshasa · 20 janvier 2011

Loi n° 11/002 · Révision de 8 articles

À moins d'un an de l'élection présidentielle de 2011, le gouvernement Kabila fait adopter une révision constitutionnelle par le Congrès (Assemblée nationale + Sénat réunis). La modification la plus controversée : le passage du scrutin présidentiel à deux tours à un seul tour à la majorité simple , avantageant directement le Président face à une opposition divisée.

8 articles modifiés (source : Présidence.cd, Journal Officiel n° spécial 5 fév. 2011) :

Art. 71 · Un seul tour électoral Art. 110 · Mandat parlementaire Art. 126 · Parlement Art. 146 · Vote de confiance Art. 197 · Assemblées provinciales Art. 198 · Gouverneurs Art. 218 · Procédure de révision Art. 226 · Découpage provinces
Joseph Kabila · Initiateur Évariste Boshab · Architecte AN Léon Kengo · Président Sénat Vital Kamerhe · Opposition Étienne Tshisekedi · Opposition
Les acteurs clés

Les Hommes Derrière la Constitution

Négociateurs, rédacteurs, médiateurs et experts juridiques qui ont façonné le texte fondamental de la RDC.

JK

Joseph Kabila

Président de transition Négociateur gouvernement
RDC · Mandat 2001-2019

Chef de l'État depuis janvier 2001 (à 29 ans, à la mort de son père Laurent-Désiré), Joseph Kabila représente le gouvernement lors des négociations de Sun City et signe l'Accord global et inclusif à Pretoria en décembre 2002. Il préside la transition 2003-2006 dans le cadre du gouvernement 1+4.

Signe l'AGI, préside la rédaction
Promulgue la Constitution le 18 fév. 2006
Initie la révision controversée de 2011
Glissement 2016-2018 au mépris de l'art. 70
JB

Jean-Pierre Bemba

Chef du MLC Vice-Président (2003-2006)
RDC · Mouvement de Libération du Congo

Leader du Mouvement de Libération du Congo (MLC), principal mouvement rebelle opérant depuis l'Équateur avec le soutien ougandais. Signe l'AGI et devient l'un des quatre Vice-Présidents de la transition. Candidat à la présidentielle de 2006 (40,6% au 2e tour). Condamné par la CPI en 2016 (crime de guerre en RCA), puis acquitté en appel en 2018.

Délégation MLC aux négociations de Sun City
VP gouvernement de transition 2003-2006
Note : l'art. 104 (sénateur à vie) ne s'applique qu'aux anciens Présidents, pas aux VPs. Kabila (Président) est sénateur à vie, pas Bemba.
AR

Azarias Ruberwa

Secrétaire gén. RCD-Goma Vice-Président (2003-2006)
RDC · RCD-Goma

Secrétaire général du Rassemblement Congolais pour la Démocratie-Goma (RCD-Goma), principal mouvement rebelle pro-rwandais opérant à l'Est. Représente le RCD-Goma aux négociations de Sun City et à Pretoria. Devient VP chargé de la Commission politique, défense et sécurité lors de la transition 2003-2006.

Délégation RCD-Goma à Sun City
VP Commission Défense 2003-2006
TM

Thabo Mbeki

Médiateur principal Président d'Afrique du Sud
Afrique du Sud · 1999-2008

Président de la République d'Afrique du Sud, Thabo Mbeki est le facilitateur principal du processus de paix congolais. C'est sous son impulsion que l'Accord global et inclusif est signé à Pretoria en décembre 2002. L'Afrique du Sud accueille à Sun City le grand dialogue inter-congolais et devient le garant de l'accord de transition.

Facilitation principale des accords Sun City
Garant de l'AGI signé à Pretoria
Rôle de témoin clé de la transition 2003-2006
KM

Ketumile Masire

Facilitateur neutre Ancien Président Botswana
Botswana · Mandaté par l'OAU (Organisation of African Unity) en déc. 1999 · Décédé le 22 juin 2017

Ancien président du Botswana (1980-1998), Sir Ketumile Masire est désigné facilitateur neutre du Dialogue inter-congolais par l'OAU (Organisation of African Unity) en décembre 1999, à la demande des parties congolaises elles-mêmes qui avaient refusé onze autres candidats avant de l'accepter unanimement. Sir Ketumile est décédé le 22 juin 2017 à Gaborone, Botswana. Il préside les séances plénières à Sun City et assure l'arbitrage entre les 36 délégations, sa neutralité étant un gage de crédibilité essentiel au processus.

Facilitateur officiel désigné par l'OAU en décembre 1999
Président des sessions plénières de Sun City
AZ

Arthur Zahidi Ngoma

Opposition politique Vice-Président (2003-2006)
RDC · Forces du Futur

Représentant l'opposition politique non armée, Zahidi Ngoma est l'un des quatre vice-présidents du gouvernement de transition 1+4. Les 4 VPs étaient : Bemba (MLC), Ruberwa (RCD-Goma), Zahidi Ngoma (opposition/société civile) et Abdoulaye Yerodia Ndombasi (gouvernement). Son rôle est d'assurer la représentation des partis non belligérants dans le processus constitutionnel.

VP représentant l'opposition politique
Voix de la société civile dans la transition
CL

Christophe Lutundula

Rapporteur de la Commission Député de transition
RDC · Parlement de transition

Juriste et député au Parlement de transition, Christophe Lutundula est rapporteur de la Commission constitutionnelle chargée de rédiger le projet de constitution. Il coordonne les travaux des experts juristes et assure la cohérence du texte entre les différentes parties prenantes. Plus tard devenu ministre des Affaires étrangères sous Tshisekedi.

Rapporteur de la Commission constitutionnelle
Interpelle en 2025 le ministre Fwamba sur la Caisse de péréquation (Sénat)
AM

Prof. Auguste Mampuya

Expert constitutionnel UNIKIN · Droit public
Université de Kinshasa

Professeur de droit constitutionnel à l'Université de Kinshasa (UNIKIN), Auguste Mampuya Kanunk'a Tshiabo est l'un des principaux experts techniques ayant contribué à la rédaction du projet de constitution. Spécialiste reconnu de droit public congolais, il défend depuis 2006 l'intangibilité absolue de l'article 220 et s'oppose à toute tentative de révision des dispositions verrouillées.

Expert technique · Commission constitutionnelle 2004-2005
Défenseur de l'intangibilité de l'art. 220
Publications académiques sur les dispositions intangibles
AM

Prof. André Mbata Mangu

Expert constitutionnel Sec. gén. Union sacrée (2024)
UNIKIN · Droits constitutionnel et humains

Professeur de droit constitutionnel et international à l'UNIKIN, expert ayant participé aux travaux constitutionnels de 2004-2005. Paradoxe emblématique : en 2017, il déclarait contre Kabila "cessez de rêver, il n'y aura pas de référendum". Devenu secrétaire permanent de l'Union sacrée (2024), il affirme maintenant en 2026 : "si le peuple est décidé, ce verrou peut tomber".

Expert constitutionnel, Commission 2004-2005
Revirement doctrinal total entre 2017 et 2026
Défend en 2026 la révisabilité de l'art. 220
VK

Vital Kamerhe

Prés. Assemblée nat. (2006) Directeur cabinet Kabila
RDC · PPRD puis UNC puis UDPS

Directeur de cabinet de Joseph Kabila pendant la transition, puis premier Président de l'Assemblée nationale après les élections de 2006. Kamerhe préside la chambre basse lors de l'adoption de la constitution en 2006. Il se brouille ensuite avec Kabila, fonde l'UNC, s'allie à Tshisekedi et est condamné en 2020 pour détournement, puis acquitté partiellement en 2022.

1er Président de l'Assemblée nationale (2006)
Opposition à la révision constitutionnelle de 2011
EB

Évariste Boshab

Prés. Assemblée nat. (2011) Architecte de la révision
RDC · PPRD · proche Kabila

Président de l'Assemblée nationale et fidèle de Kabila, Évariste Boshab est la figure centrale de la révision constitutionnelle de 2011. Professeur de droit lui-même, il dirige les débats parlementaires qui aboutissent à l'adoption de la Loi n° 11/002 le 20 janvier 2011, modifiant notamment l'article 71 pour passer à un scrutin à un tour, avantageant directement Kabila face à une opposition dispersée.

Architecte principal de la révision 2011
Conduit le vote du Congrès sur les 8 articles
Académique de droit public · contradiction notable
LK

Léon Kengo wa Dondo

Président du Sénat Co-architecte révision 2011
RDC · UFC · 3× Premier ministre de Mobutu

Sénateur aux multiples casquettes, élu Président du Sénat en 2007 Kengo wa Dondo est aussi un acteur historique du Congo depuis l'ère Mobutu (3 fois Premier ministre). Lors de la révision de 2011, il pilote l'adoption au Sénat. Sa longévité politique en fait un symbole de la continuité des élites politiques congolaises à travers les régimes.

Pilote l'adoption de la révision 2011 au Sénat
Participant aux négociations inter-congolaises 2002
DK

Dieudonné Kaluba

Président Cour const. (2020-2022) Évincé par tirage au sort (mai 2022)
RDC · Cour constitutionnelle

Magistrat et professeur de droit, Dieudonné Kaluba est nommé à la Cour constitutionnelle en 2015 et en devient le Président en 2020. Sa révocation lors du tirage au sort controversé de mai 2022, enclenchée par un simple "communiqué de service" du greffier sur instruction présidentielle, illustre parfaitement la captation de la Cour par l'exécutif dénoncée dans l'analyse constitutionnelle.

Juge constitutionnel à la Cour (2015-2022)
Évincé lors du tirage au sort contesté de mai 2022
Procédure avec seulement 4/8 juges présents
Lieu historique

Sun City

Province du Nord-Ouest, Afrique du Sud

25 février – 19 avril 2002
36 délégations · environ 400 délégués
7 à 8 semaines de négociations intenses
The Palace of the Lost City, complexe hôtelier

Pourquoi Sun City ?

Le site de Sun City, célèbre complexe touristique isolé dans le Nord-Ouest de l'Afrique du Sud, a été choisi pour plusieurs raisons : la neutralité du territoire sud-africain, l'isolement favorisant la concentration des négociateurs, et la capacité d'accueil permettant de loger et nourrir quelque 400 délégués de 36 composantes pendant deux mois.

Délégations participantes

Gouvernement, MLC (Bemba), RCD-Goma (Ruberwa), RCD-KML, RCD-N, Maï-Maï, 28 partis politiques de l'opposition, organisations de la société civile, représentants des Entités de pays (ex-RDC, ex-Zaïre).

Notable absent

Étienne Tshisekedi et son UDPS boycottent partiellement le dialogue, estimant que le processus ne respecte pas la volonté populaire exprimée lors des élections de 1996.

Accord final : Pretoria

Malgré les difficultés à Sun City, l'accord décisif est finalement signé à Pretoria le 17 décembre 2002, sous l'impulsion personnelle de Thabo Mbeki.

Loi n° 11/002 du 20 janvier 2011

La Révision Controversée

À moins d'un an des élections présidentielles de novembre 2011, le gouvernement Kabila fait adopter par le Congrès (Assemblée nationale + Sénat réunis) une révision constitutionnelle portant sur 8 articles. La modification la plus stratégique est l'article 71 : abandon du scrutin à deux tours au profit d'un scrutin à un seul tour à la majorité simple.

8
Articles modifiés
sur 229 au total, soit 3,5% du texte constitutionnel
20 jan.
2011 · Date de promulgation

Avant la révision (2006)

Élection présidentielle à deux tours
Majorité absolue requise pour être élu
Gouverneurs élus uniquement par assemblées provinciales
Assemblées provinciales élues au suffrage universel direct

Après la révision (2011)

Élection présidentielle à un seul tour (art. 71 révisé)
Majorité simple suffisante pour être élu
Président peut révoquer un gouverneur (art. 198 révisé)
Membres des assemblées provinciales désignés par voie d'affectation possible

Contexte et enjeux politiques

En supprimant le second tour, Kabila élimine le risque d'un front uni de l'opposition pour le battre. Résultat confirmé le 28 novembre 2011 : Kabila est réélu au premier tour unique avec 48,95% des voix devant Tshisekedi (32,33%), un résultat dont la CENCO et les observateurs internationaux ont largement contesté la sincérité. La révision a donc atteint son objectif politique, mais au prix d'une légitimité sérieusement entamée.

Constitutionnalistes du Débat Actuel (2026)

Les experts qui structurent le débat sur la révision constitutionnelle en cours.

BK

Prof. Balingene Kahombo

Université de Goma

Spécialiste de droit constitutionnel, CREEDA. Défend l'immuabilité absolue de l'article 220 comme "clause d'éternité" de la Constitution.

PM

Prof. Pacifique Magala

Constitutionnaliste

Défend l'intangibilité absolue des dispositions de l'article 220. Co-signataire de plusieurs tribunes académiques contre la révision.

BK

Prof. Bob Kabamba

Univ. de Liège (Belgique)

Politologue spécialiste de la RDC. Cite "une faille majeure" dans le système de nomination des juges constitutionnels (art. 158).

YN

Prof. Yatala Nyaluma

UNIKIN · Droit public

Note la faille structurelle : l'article 220 "n'étant pas lui-même verrouillé" est théoriquement modifiable. Nuance le débat sur l'intangibilité.

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Maintenant que vous connaissez ceux qui l'ont écrite, découvrez le texte, ses enjeux et ses failles.